L'annonce, l'attribution

Samedi 11 octobre 2008

Récit de tioteln62 sur l'attribution de sa petite fille en Russie
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J'étais en réunion au travail (réunion que j'animais qui plus est...) quand mon mari me fait demander de manière urgente au téléphone

Je savais "qu'il savait" que c'était une réunion importante alors j'ai eu très peur parce que j'ai bien cru qu'il y avait eu quelque chose de grave chez moi

J'ai couru jusqu'a mon bureau et la j'étais essoufflée et inquiète au tel, il me dit: "tu attendais une petite fille?"

Je comprenais rien et je me demandais encore qui était mort pour qu'il insiste autant et me fasse chercher de toute urgence.

Ensuite il me dit que l'OAA vient de l'appeler et qu'on a une attribution d'une petite fille née le 07 novembre 2006 en Russie.

Cela faisait plus de trois ans que j’étais persuadée que cela serait un garçon du fait qu’on nous avait prévenu qu’il n’y avait quasiment que des garçons à adopter à l’international en Russie alors sur le moment, je me suis presque dit que c’était une blague. Cela était tellement irréel, improbable aussi après toutes ces années d’attente, ces désillusions, que je m’entends encore dire au téléphone : « mais tu es sûr ? »

 

Même après qu’il me l’ait confirmé (plusieurs fois), je ne suis pas tout à fait sûre que je le croyais réellement. Le premier choc passé il me dit que c’est une fille aux cheveux châtains et yeux gris (comme les miens!). Nous n’aurons que cette description sommaire pendant plus de huit jours…

L’OAA nous demande une première confirmation par mél que nous souhaitons obtenir le dossier médical de la petite pour que notre correspondante là-bas sollicite ce dossier en notre nom. En 1h30 l’attestation est signée, scannée, et envoyée à l’OAA. La procédure d’adoption a en Russie récemment changé et tout est tellement plus compliqué désormais. Il faut se plier donc à ces exigences.

 

Evidemment, j’appelle immédiatement mes proches : mes parents, mes deux sœurs, une amie très proche… Ma mère pleure, moi du coup je pleure, bref tout le monde est ému. Je bafouille.

Avec mon mari on passe 1h30 au téléphone à discuter, mettre au point le consentement, scanner… Bref, mes collègues qui m’ont vu partir comme une furie de la réunion commencent à s’inquiéter et à passer le nez à la porte de mon bureau… Je les rassure d'un signe de tête et retourne donc en réunion, le téléphone portable en main prête à bondir au cas où…

Nous rentrons à la maison et là encore tout cela semblait bizarre… Nous n’avions rien d’autres comme élément que la date de naissance, la couleur des cheveux et des yeux. Pas de photographie. Cela peut paraître étrange mais j’avais bien du mal à y croire complètement sans photographie. Cette attribution ne se concrétisait pas. Pourtant je réouvre quand même  la porte de la chambre d'enfant prête depuis trois ans et que j'avais patiemment peinte... Je l'avais en effet résolument fermé à clef depuis 6 mois. C'était bien trop douloureux de voir cette chambre vide.

Il faudra attendre huit jours pour avoir un peu plus de nouvelles. Ce fut long et angoissant. Huit jours à se demander pourquoi cela tardait tant, si il n’y avait pas quelque obscure raison pour qu’on ne nous donne pas son dossier médical. Huit jours à ne pas oser acheter quoique ce soit pour elle... Dès que j'arpentais un rayon de vêtements pour enfant, systématiquement et sans le vouloir je me dirigeais vers les vêtements pour garçons. La force du conditionnement de toutes ces années... L'idée d'avoir une petite fille n'arrivait pas à faire complètement son chemin en moi. Je repartais donc du magasin toujours bredouille et déçue.

 

Huit jours après la première annonce, on obtient enfin le dossier et là cela a été très dur. L’OAA appelle mon mari en disant qu’il y a un « gros problème » dans son dossier médical et notamment « d’importants retards dans le développement psychomoteur-parole ». Quand mon mari m’appelle et me retranscrit ces dires, je me souviens que mon cœur s’est arrêté de battre et je me suis dit : « c'est fini ». 

 

Après tant d'années d'attente et de désillusions, le défaitisme n'est jamais loin. Mon mari m'envoie le dossier par mél au travail, et évidemment la messagerie bloque. A bout de nerfs et prête à m'effondrer, il me le lit et là je ne comprends plus. Bien que la conclusion finale du rapport parle de "gros retards", la description du comportement de la petite est on ne peut plus normal. A dix neuf mois, elle est très petite certes, mais mange seule, marche, s'intéresse aux activités, dit quelques mots simples... Rien d'alarmant. On ne comprend plus et on appelle en Russie, la représentante. Nous aurons que peu de réponses. Nous comprendrons plus tard (bien plus tard) qu'il y a un clivage culturel entre ce que on attend d'un enfant en France et ce qu'on en attend en Russie. Par delà ces différences, nos enquêtes sociales ont fait penser peut être au vu de nos travails respectifs que nous avions des attentes démesurées sur les capacités intellectuelles de l'enfant et pourtant il n'en est rien mais les traductions, les différences culturelles parfois...

 

Bref, après une très longue soirée passée à décrypter un dossier médical et de longues discussions, nous donnons notre accord pour rencontrer l'enfant. Je quémande une photo mais on me la refuse. Je l'aurai deux jours plus tard, là encore à bout de nerfs…

On m'a demandé quelle fut ma réaction en voyant la photo, si ce fut de l'admiration ou de l'amour directement... A vrai dire, pour ma part, ce fut plus une impression de surprise. Quelque chose du style: "ben c'est elle?". « Celle que j'attendais depuis 6 ans en fait, celle qui dans mon esprit était un garçon... Donc elle a cette tête là pour finir... ? » Quelque chose de ce style donc. Un peu compliqué quand même à gérer dans ma petite tête de se dire que l'enfant désiré avait désormais une identité, des yeux , une bouche, un visage... Cela n'a rien avoir avec la beauté, l'amour, le désir d'avoir un enfant. C'était plus une question de représentation. De se dire que c'était elle et de ce fait pas un(e) autre. De s'habituer en quelque sorte à ce que le fantasme devienne une réalité...

Alors évidemment c'est peut être pas très sentimental et un peu loin de la représentation habituelle que l’on se fait de la « première photo », mais c'est comme ça que je l'ai vécu.

 

Et puis, en regardant tous les jours la photo, en l'ayant avec moi, en la présentant à d'autres personnes comme étant celle de ma "presque petite", je me suis réveillée un matin et en regardant une énième fois la photo où elle fait sa petite moue si tristounette, là seulement je me suis sentie heureuse et rassurée.

Et bizarrement à ce moment là je n'ai plus aucun doute sur sa santé ni sur le fait qu'elle me plairait. J'étais sereine. Mes inquiétudes n'étaient plus dirigées vers moi mais vers elle, c'est à dire que finalement ce qui m'inquiétait le plus c'était de la voir si triste sur les photos. Car il faut bien dire que les photos de la présentation n’étaient guère jolies et mettaient par exemple en avant sa cicatrice sur le sommet du crâne.

 

Mon mari lui, était moins serein et nous avons alors pris (et à juste titre) toutes les dispositions pour pouvoir être capable de juger de l'état physique et intellectuel de l'enfant. Nous sommes donc allés avec les photos consulter un pédiatre au CHR. Elle nous a donné quelques repères sur l'évolution d'un enfant de cet âge et a émis quelques hypothèses également sur les retards énoncés (notamment les retards importants de taille et de poids). C'est un médecin fantastique qui a pris la peine de considérer la globalité de l'adoption: non seulement la santé de l'enfant mais nos deux personnalités, nos inquiétudes, notre ressenti et notre histoire aussi. Une belle rencontre qui nous a aidé à partir serein vers notre petite.

 

Nous avons du accélérer le départ pour la Russie et nous avons cavalé pour réunir tous les papiers. J'étais sur Paris en stage loin de mon mari alors j'ai vécu ces derniers jours comme un tourbillon. Pour la première fois je suis également allée acheter un doudou pour elle. Bizarrement des doudous, j'en avais achetés beaucoup ces dernières années en l’attendant mais là j'ai choisi LE doudou officiel. Celui qui lui était destinée à elle maintenant que j’avais sa photo et non le doudou qui était destiné à une représentation d’enfant. J'ai fait toutes les boutiques et étudié chacun on ne peut plus sérieusement et puis j'ai vu celui qui ne pouvait être que SON doudou. C'est un lapin avec des oreilles et une écharpe rose, bref un lapin de fille! Enfin après toutes ces années, je suis ressortie pour la première fois d'une boutique pour enfants les doudous (et oui deux doudous pour en avoir un jumeau a la maison) à la main et le sourire au lèvre. En fait je crois que je me suis sentie plus heureuse à ce moment là que quand on m'a donné la photo. Cela se concrétisait… Je partais vers elle...

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Par temoignageadoption
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