Le jour où j'ai rencontré mon enfant

Lundi 5 janvier 2009

Après le coup de fil tant espéré (voir récit en cliquant ici), vient le départ...Par tioteln62
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A peine rentrée de mon stage, j'ai fait mon paquetage au plus vite.

Le lendemain nous étions à Roissy, plusieurs heures à l'avance! On est jamais trop prudent!

Au comptoir de l'aéroflot, deux touristes se dirigent droit vers moi et me parlent russe directement. Gloups! J'en reste bouche bée, je comprends rien et arbore une figure tellement interloquée que mon mari en rit et en rira sûrement encore dans quelques années. A ma décharge, je dois dire que le stress des dernières semaines, le travail, les papiers à réunir, la crainte de l'inconnu et de la rencontre...tout cela avait déjà de quoi me retourner. Alors si en plus on commence à me parler russe à Paris!

Bref, ce fut un avant goût du voyage...

 

Nous partons et dans le premier avion qui nous a mené vers Moscou la crainte est surtout celle de réussir le transfert d’aéroport. Et il faut dire que nous ne fûmes pas déçus de l’aventure. Arrivés sur place, nous nous apercevons que les bagages qui normalement devaient être automatiquement transférés aux deuxième aéroport ne le sont pas. Nous n’avons que deux heures pour les récupérer, changer d’aéroport, nous enregistrer et embarquer. Au retour, où nous disposerons d’une heure de plus, nous nous apercevrons que nous n’y arriverons pas en deux petites heures. Mais pour le moment et à l’aller, et cela dans des conditions épiques puisque personne ne parle anglais, la chance fut apparemment avec nous et non sans stress nous réussissons l’exploit. Nous arrivons donc dans le deuxième aéroport pour prendre le deuxième avion vers la sibérie.

 

Déjà le changement d’ambiance est notable : ce n’est plus un aéroport international mais un aéroport pour lignes intérieures. Nous ne comprenons évidemment pas un mot ni ne pouvons lire d’ailleurs puisque tout est en cyrillique. Mais nous embarquons tout de même dans un avion dont la conception date des années 60. Habitués que nous sommes au confort et à la modernité des Airbus et Boing, il faut bien avouer que nous ne sommes guère rassurés. Au décollage, j’écrase à moitié le bras de mon mari car le bruit des moteurs qui ressemble à celui de l’essorage de ma machine à laver le linge ne m’inspire pas beaucoup. Il m'avouera plus tard avoir sérieusement douté lui même du succès de notre décollage considérant la lenteur avec laquelle l'avion s'est élevé… Mais nos inquiétudes occidentales ne sont pas justifiées et nous arrivons sans encombre à 05h45 heure locale soit 01h45 heure de Paris. En somme c’est une nuit sans sommeil pour nous. Comme nous sommes fin juin, ce sont là bas ce qu’ils nomment les « nuits blanches ». A l’équinoxe, le soleil ne se couche quasiment pas. Il y a tout juste une légère pénombre.

Le chauffeur vient nous cueillir groguis par le voyage à l’aéroport avec un mot de la traductrice. Il doit nous amener jusqu’à l’hôtel qui ne pourra nous donner la chambre que deux heures plus tard. Nous voilà donc partis pour une première visite très matinale dans Tioumen à la recherche d’un café et aussi d'un distributeur d'argent. Dehors des jeunes gens fêtent la victoire de la Russie contre la Hollande à la coupe d’Europe de football… C’est la liesse : drapeaux, klaxons... En désespoir de cause et ne trouvant pas de café nous arrivons devant un Mac Donald fraîchement construit ! Dépaysement garanti...

Quelques heures d’errance plus tard et après avoir avalé un petit déjeuner (bien que nos estomacs soient restés à l’heure française) , nous nous couchons pour deux petites heures de sommeil bien gagnées… Les nerfs tombent, je m’endors comme une masse. Mais seulement deux heures plus tard, le réveil sonne et nous nous dépêchons de nous préparer pour faire la connaissance de notre traductrice. Elle nous accueille bien gentiment en nous montrant le supermarché (important pour survivre !) qui recèle tous les produits que nous connaissons bien et dont certains sont directement importés de France (notamment du fromage) ou d’ailleurs (chocolats suisses etc…). Peu aventurière de nature, cela a d’ailleurs un petit côté « rassurant ». Nous passerons le reste de la journée à manger donc à des horaires fantaisistes (mon estomac étant resté durant ce voyage sur des horaires bizarres) et surtout à essayer de dormir (là aussi notre horloge interne grognait intérieurement !).

 

Et puis vint le jour de la rencontre. Evidemment nous sommes prêts largement à l’avance. Je mets la tenue que je me suis spécialement achetée pour l'occasion. C'est un peu futile mais c'est ma façon de marquer l'événement. Mon mari lui, revêt le costume plié précautionneusement. Chemises, cravate, costume: il faut être respectueux des autorités et des usages…

Evidemment nous avons le doudou « lapin », les jouets préparés dans le sac à dos. Evidemment nous sommes intimidés en attendant l’interprète à l’hôtel…

J'essaie de me remémorer intérieurement ce que j’ai lu par ailleurs dans les bouquins et me dis que :

1/ je ne dois pas pleurer et dois me maîtriser

2/ la petite peut et va même sûrement pleurer, réaction normale qui ne présage en rien de nos futures relations…

 

Sérieux, le ventre noué (et ce n’est pas du uniquement au décalage et à un afflux variable et désordonné de nourriture) nous suivons la traductrice au bureau de l’adoption. Nous rencontrons une fonctionnaire qui nous souhaite la bienvenue et nous pose quelques questions. Qui sommes nous, pourquoi voulons nous adopter et pourquoi en Russie… Tout cela est très formel, un peu austère mais c’est normal somme toute. Elle effectue son travail: elle représente l'état russe qui ne nous connaît pour le moment que par dossier. Elle nous relit ensuite le dossier médical, les éléments du passé de la petite qu’elle a dans son ordinateur. C’est très administratif. Je suis un peu intimidée. Nous l'écoutons nous parler en russe mais ne comprenons évidemment rien, nous attendons sagement la traduction de notre interprète puis le dialogue repart dans l'autre sens… C'est un peu bizarre ce jeu de va et vient.

Peu après elle nous donne son accord et nous partons pour l’orphelinat…

 

C'est un bel orphelinat situé en plein centre ville à deux pas de la place principale. Il est ceinturé d'un jardin qui comporte des jeux et des espaces pour les enfants. Les bâtiments sont bien entretenus et sont rénovés apparemment très régulièrement. Un garde armé surveille l'entrée. L'intérieur est joliment décoré avec des cadres et des dessins d'enfants et je ne peux m’empêcher de remarquer que c'est de plus très propre. Je suis rassurée sur les conditions de vie de la petite…

 

Nous rencontrons tout d'abord la directrice de l'orphelinat. C'est une dame coquète, d'une cinquantaine d'années qui aime "ses" enfants. Elle a à cœur que ces petits trouvent une famille et nous le comprendrons bien vite, elle devait sûrement être également inquiète de savoir quel type de parents sa protégée aurait. S'occuper au quotidien d'enfants et les voir s'en aller, même si c'est votre métier, cela ne doit pas être évident…

Elle parle avec enthousiasme (même si on ne comprend pas directement, on voit bien son regard plein de tendresse) de l'enfant, cite ses nombreuses qualités, nous explique aussi gentiment les manques affectifs qu'elle ne peut palier… Etant elle-même médecin, elle nous évoque brièvement le dossier médical mais nous y reviendrons plus tard avec le médecin de l'orphelinat. Elle s'attarde plus longtemps en revanche sur l'histoire de la petite et nous donne tous les éléments en sa possession sur son vécu et sur les raisons de son placement en orphelinat.

 

Nous nous dirigeons ensuite en sa compagnie vers la salle de vie de la petite. Elle appartient au groupe "petit soleil". L'orphelinat compte trois groupes: le groupe des bébés, le groupe des enfant sachant marcher et se débrouiller (de 1 an environ jusque 3 ans) et enfin un groupe d'enfants lourdement handicapés qui sont pour la plupart atteints du syndrome d'alcoolisation fœtale.

Le groupe est alors en promenade dans les jardins autour du bâtiment, nous suivons donc la directrice à la recherche du groupe. Mes jambes me portent mais je marche comme un robot.

 

Tout d'un coup, nous voyons une nourrice avec une poussette comprenant plusieurs enfants et "tractant" d'autres enfants derrière elle. C'est le groupe de la petite. La directrice l'appelle par son diminutif et avant même que je comprenne quoi que ce soit, la petite s'éjecte de la poussette, court vers nous et saute dans les bras de la directrice qui me la met aussitôt dans les bras. Sans que j'ai le temps de réaliser, et encore moins de ressentir quelque chose, son visage se trouve à 10 cm du mien. Je me raidis un peu en me disant: "elle va pleurer". Mais non, elle est là, le visage sérieux, profitant de ce poste d'observation inespéré à regarder à droite, à gauche.

 

Nous retournons à l'intérieur et on nous propose de gagner la salle de jeux. C'est, à vrai dire, une salle très grande qui comporte beaucoup de jouets: toboggan, peluches, bac à boules, petites chaises… C'est une sorte de salle des fêtes. On nous laisse en compagnie de la petite qui n'a pas quitté mes bras. Deux nourrices s'assoient dans un coin en discutant entre elles… Je ne m'en suis même pas aperçue sur le moment mais elles étaient évidemment là pour observer et voir si tout allait bien, ce qui est tout à fait compréhensible. Pour ma part, je suis tellement absorbée par elle que je ne vois rien d'autre. Nous lui présentons tout doucement les petits jouets que nous avons amenés et nous essayons de l'apprivoiser. Elle est sur la retenue et quand j'observe les photos de cette première journée, je trouve son regard un peu craintif et distant. Pourtant sur le moment, toute à ma joie, je ne sentais pas tant cette réserve légitime de sa part…

 

La directrice nous avait énoncé le fait qu'elle cherchait à avoir un contact privilégié avec un adulte, qu'elle manquait de lien affectif et il est vrai que c'est palpable. Pendant ces premiers instants, elle ne parle pas du tout, elle reste entre mes jambes, me suivant dès que je bouge. Nous l'observons comme le pédiatre français nous l'avait recommandé mais de toute manière l'instinct maternel parle. Elle est petite certes (à 19 mois elle fait la taille d'un enfant de 12 mois), mais je la vois marcher, s'assoir et se relever, saisir les objets, s'intéresser et suivre un objet du regard comme tous les enfants de son âge. Je suis rassurée.

 

Est-ce habituel ou est-ce pour notre venue, mais les nourrices l'ont faite "belle" et lui ont mis de gros nœuds blancs et rouges dans les cheveux… Elle ressemble à un personnage de dessin animé japonais avec ses grands et beaux yeux bleus, sa petite jupette et ses gros nœuds! Elle est bien plus jolie que sur les photos de l'attribution et surtout je la trouve magnifique…

Pendant l'heure qui suit, emportés par notre enthousiasme, nous la sollicitons beaucoup avec les jouets. Tout est un peu désordonné, intense et au bout d'un moment, je reconnais sur son visage les signes classiques de fatigue, je l'installe alors doucement dans mes bras et après quelques instants, elle s'endort contre moi. Comment expliquer alors ce sentiment de plénitude qui m'envahit? Bizarrement, alors que je me trouve à des milliers de kilomètres de chez moi, avec dans mes bras un enfant que je ne connaissais pas une heure auparavant, je me sens à ma vraie place et enfin complète.

 

Vient l'heure du repas, et nous devons réveiller la petite et la conduire à sa salle de vie. Nous avons alors la chance d'assister à la fin du cours de musique. Une dame vient apparemment de temps en temps pour les faire chanter et ainsi les éveiller. Cette activité, comme toutes les autres d'ailleurs, se fait en groupe. Si l'orphelinat est assez richement doté, il faut avoir cependant conscience du manque affectif que procure une vie de collectivité. Tout y est encadré, rythmé, il n'y a que peu de place à une liaison personnelle, privilégiée entre un adulte et un enfant. La professeur de musique à qui on avait sûrement expliqué les raisons de notre présence mit alors un point d'honneur à faire chanter et danser notre petite fille au milieu de ses camarades. Elle devenait ainsi pour quelques minutes la vedette de son groupe et d'une comptine dont le personnage principal était un crocodile en peluche. La professeur, enthousiaste et adorable, nous loua vivement les mérites de notre enfant, vantant son oreille musicale et nous déclarant qu'elle avait un don pour la musique (elle a tout juste 19 mois…).

 

A l'issue du cours de musique, une nourrice dit quelque chose qui devait sûrement être "à table" car les enfants se ruèrent à leurs tables à manger. Chacun a sa place attitrée et il y a deux hauteurs de table différentes suivant la taille de l'enfant. Le bavoir en place, coincé sous l'assiette, les enfants attendent, on ne peut plus sérieusement, leur soupe blanche un morceau de pain à la main. Un des petits servi en dernier se manifeste bruyamment, histoire de rappeler qu'il n'a rien eu. On voit bien à leurs visages que l'instant est important. Ils ont entre 1 et 3 ans et mangent tous avec une dextérité incroyable et avidité leur potage au chou. Nous en profitons pour visiter la chambre commune où les 12 petits lits à barreaux sont alignés. Le nom de chaque enfant est inscrit sur le lit. Nous nous en allons discrètement, la petite nous suivant des yeux dans nos moindres gestes malgré l’attrait de son potage.

 

Nous faisons une petite pause et testons le Mc Donald repéré à notre arrivée. Mes intestins capricieux optent en effet pour une nourriture internationale et aseptisée. Nous avions le secret espoir qu'ils comprendraient notre anglais de voyage malheureusement les tentatives de mon mari lors de la commande s'achèvent bien vite par l'achat de deux hamburgers "big mac", seul mot n'ayant pas besoin d'être traduit… Nous nous en contenterons! Il fait beau, nous profitons un peu de la place principale et soufflons.

 

Nous repartons à l'orphelinat à 15 heures et arrivons pour la fin de la sieste. La petite joue au milieu de son groupe dans leur salle de vie. Son doudou « lapin » sujet de convoitises lui a déjà été pris par un garçon plus grand et plus fort qu’elle. En nous voyant la nourrice le replace vivement dans les bras de la petite.

Nous rencontrons alors le médecin qui nous montre sur la petite, portant juste une couche culotte, toutes ses cicatrices et petits "défauts". Celle-ci, installée sur les genoux du docteur, toute contente de nous voir revenir nous occuper d'elle, sourit, bat des bras et des jambes et s'accommode fort bien de cette situation incongrue… Lors de la démarche d’adoption et des différents entretiens que nous aurons, les autorités russes insisteront toujours pour que nous ayons connaissance et pleinement conscience des problèmes médicaux et des retards (enfin de ce qu’ils qualifient de retards) de notre enfant.

 

Nous profitons de l’après-midi assez chaude pour découvrir les abords de l’orphelinat et donc, nous explorons le jardin. Un détail amusant fut que les bancs de jardin étant en train d’être repeints, mon mari vit alors son pantalon décoré de ronds de peinture rouge et blanc…

La petite est toute heureuse de cet instant de liberté inespéré. En effet, je doute fort que la vie en groupe permette aux enfants de courir là où ils le souhaitent. Cet après-midi là, elle avait deux adultes tout à elle pour suivre ses moindres gestes et pour jouer avec elle !

 

Une assistante sociale des autorités russes fait un bref passage pour observer cette première prise de contact et faire son rapport. C’est ce moment que choisit notre petite pour courir partout tant elle était contente d’être au jardin donc au final je ne pus que très peu répondre à ses questions car j’étais occupée à courir derrière elle pour éviter qu’elle ne se blesse. Néanmoins, je la vis plus amusée qu’inquiète et son impression fut apparemment favorable.

 

Le soir, nous sommes fatigués mais heureux. Nous téléphonons brièvement à nos familles pour leur raconter et les rassurer. Ils sont fébriles au téléphone car ils attendaient et espéraient cet appel. Malgré la distance, j’entends les larmes dans la voix de ma mère.

 

Le lendemain nous revenons à l’orphelinat pour vivre une journée presque similaire. Le cœur battant très fort, je me demande si elle va nous reconnaître. La traductrice ouvre la porte de la salle commune, la petite mise à l’écart du groupe, qui est alors en promenade, m’aperçoit. Je m’accroupis et elle court vers moi, se précipite dans mes bras et me serre fort. Si fort, que encore aujourd’hui, quand je pense à cet instant, je sens ses bras sur les miens. Je ne sais même pas comment je réussis à ne pas pleurer.

 

Notre petite fille est habillée cette fois-ci avec une robe rose à frou-frou et porte toujours ces énormes nœuds dans les cheveux qu’elle n’a de cesse de tenter d’arracher. Un détail cependant qui me troubla fut de constater que sa tenue portait sur le devant inscrit au feutre noir un grand « 2 » qui est le numéro de son groupe. De plus, ses chaussures portaient son nom mais aussi le nom raturé de deux autres enfants auxquels elles avaient du appartenir avant elle. Je ne sais pas si les enfants ont conscience et souffrent de ce manque de « propriété » mais il est vrai que pour moi qui suis sans doute une privilégiée et pour qui la possession de mes chaussures a toujours été une évidence, cela m’a  émue et interpellée.

Cette anecdote n’est pas si anodine car ce système organisationnel s’inscrit dans le parcours de vie en collectivité de notre fille. Tout est conçu pour faciliter la vie, le nettoyage des vêtements, les achats de matériel et d’habits… L’utilitaire avant toute chose bien sûr.

 

Nous passons la journée de la même manière que la précédente entre le jardin et la salle des fêtes avec une interruption à midi pour déjeuner (nous retrouvons le Mc Do et arrivons cette fois-ci à commander avec plus de succès un menu entier en montrant du doigt ce que nous voulons!) et laisser la petite faire la sieste. Nous la voyons évoluer rapidement à notre contact pendant cette deuxième journée. La petite fille si anxieuse du premier jour est devenue rieuse, entreprenante, joyeuse. Elle parle peu mais son regard si triste et vide la veille devient vivant et même « canaille ». Elle sympathise avec mon mari et passe de l’un à l’autre pour jouer. Nous faisons de très longues parties de « coucou-beuh » et essayons tous les jouets. Elle rit aux éclats. Nous faisons les premières photos de notre future famille et savourons ces derniers instants.

 

L’après-midi, nous confirmons donc à la directrice notre intention de l’adopter. Puis c’est le départ. Je place la petite dans les bras de la directrice à regret mais consciente que cela doit se passer ainsi. Nous le savions dès le départ alors il vaut mieux faire vite et faire bonne figure devant elle. Elle rit toute à la joie de cet après-midi passé ensemble et ne comprenant pas que le lendemain elle ne nous reverra pas… Un rapide au revoir la gorge serrée et nous quittons l’orphelinat. Je me demande ce qu’il restera à la petite de notre venue. Ne le vivra t-elle pas comme un nouvel abandon ? Ca me fait mal d’avoir à faire ça.

 

Nous passons à nouveau par le bureau de l’adoption pour expliquer à la fonctionnaire que nous souhaitons lancer la procédure d’adoption. Elle prend acte et nous voilà repartis à l’hôtel. Sur le trajet, nous donnons à notre traductrice le prénom que nous avons choisi pour elle. Prénom qui fut l’objet de grandes discussions entre mon mari et moi. Elle portera donc ce prénom français que nous avons soigneusement choisi, le prénom russe d’origine, puis le prénom de ses deux grand-mères afin de l’inscrire dans notre histoire familiale. Quatre prénoms pour une identité complète respectueuse de ses origines, des nôtres et symbole de notre amour et de notre nouvelle vie de famille. Choisir un prénom ne fut pas pour moi anodin, cela a été notre premier acte de parents ainsi que notre premier cadeau.

 

Le lendemain nous repartons et faisons le chemin en sens inverse. Nous arrivons en France exténués. Nous sommes partis en tout cinq jours. Sur le chemin entre l’aéroport et la maison, je téléphone à nos proches, leur raconte notre périple. Je sens encore l’empreinte de ses petits bras sur les miens. Un petit peu d’elle est avec nous désormais.

Enfin arrivés à la maison, nous dormons plusieurs jours et commençons alors les démarches pour constituer le dossier de jugement.

Par temoignageadoption
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Mardi 21 octobre 2008

Céline nous raconte le voyage et la rencontre avec ses deux princesses (été 2008)

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le jour du départ avait enfin sonné...
nous passons la dernière nuit avant LE grand départ chez mes parents, pour la proximité des lieux…
réveil de très bonne heure pour rejoindre l'aéroport où nous allions embarquer pour le premier des 3 vols...pour arriver enfin sur l'île où nos filles nous attendaient...Haïti!
le voyage en voiture est extrêmement stressant : peur d’arriver trop tard, que l’avion ne puisse décoller (grève, retard…)…, peur de louper les avions suivants…
enfin nous entrons nos trois valises à la main…
et le premier vol Nantes-Paris se passe à merveille…
arrivés à paris nous rejoignons Arnaud, qui sera notre compagnon de « galère »…
départ vers St Martin….une île qui nous a paru paradisiaque par ses plages que nous avons survolées de très prêt …mais nous n’avons pu en voir plus : bloqué dans cet aéroport …alors que le troisième avion a du retard
le fils de gina doit nous accueillir sur place…un petit coup de fil pour le prévenir…et enfin le dernier avion décolle
« mesdames et messieurs, votre commandant, nous avons commencé notre descente vers Port au Prince… »
Nous arrivons enfin sur cette Ile où notre nouvelle vie va commencer…
Nous avons du mal à passer la frontière : les douaniers ne veulent pas nus laisser entrer…nous n’avons pas pensé prendre l’adresse de Gina avec nous…et sans adresse, on ne peut pas pénétrer sur le territoire…une douanière plus sympa accepte de nous laisser passer juste avec un numéro de téléphone…ouf
Vient après l’heure de récupérer les valises : deux sont présentes, et le pauvre Arnaud n’a pas récupéré la sienne…le temps de faire la déclaration et enfin nous sortons …
Il fait nuit, une chaleur étouffante, il est 18H30 heure locale, nous sommes épuisés par ce voyage
Claude Jr est là à notre sortie de l’aéroport…nous sommes poursuivis par des dizaines de locaux qui veulent porter nos valises …
En voiture…
Les routes sont chaotiques, la ville est encore éveillée…les haïtiens sont dans les rues, Claude klaxonne pour les faire fuir du milieu de la voie…
Les vendeurs sont encore en place : fruits, médicaments, alimentation…installés sur la route, à même le sol…
Les enfants traversent les rues en courant, jouant au chat et à la souris avec les voitures qui roulent à une vitesse qui nous parait impressionnante…
Nous arrivons chez Gina : un petit rhum coca…et zou au lit !
Nous rencontrons jean noël et Maryse et leur petit Mike Kenley…adorable, mais qui a l’air d’avoir du caractère…mais il n’est pas le seul !
Demain la plus dure des journées pour nous tous
Notre première nuit est difficile…et ne sera pas la dernière : les moustiques nous attaquent , la chaleur à laquelle nous ne sommes pas habitués…et puis l’angoisse du lendemain…
Le matin : réveillés en fanfare par le coq qui restera dans nos souvenirs aussi : là bas les coqs chantent 24H/24…jamais de pause, à notre plus grand regret…car les nuits sont courtes, mais d’autant plus avec ce joyeux chanteur…
Associés aux bagarres des chats sous les fenêtres de chambre…pas facile de fermer les yeux…
Nous sommes prêts de bonne heure : mais personne pour nous conduire chez immacula ...
Enfin nathalie arrive avec fanel, le chauffeur …c’est l’heure
C’est en trombe que nous partons pour les quelques dernières minutes de notre vie à 2 !!!
Nous bondissons dans cette voiture…la distance est très courte entre chez Gina et l’orphelinat …et en même temps nous vons l’impression que des heures s’écoulent…
Enfin nous apercevons le portail : celui que nous avions déjà tant de fois aperçu sur les photos…
Il s’ouvre après un petit coup de klaxon…et là pas de bruit tout est calme….
Autant dans la voiture où nous n’entendons que nos cœurs battre…très très fort ….que dans cet orphelinat dont nous avons rêvé tant de fois de passer la porte!
Nous suivons nathalie ….montons les marches 4 à 4 …et entrons dans cette minuscule pièce où tant de fois nous avons vu des parents entrer…
Et là à notre gauche : une table sur laquelle sont assises Rochella, Farah et Chloé…
Mon cœur n’a fait qu’un bon en les voyant et l’excitation fait que je suis tremblotante…
Je m’approche de mes filles….elles sont là ….elles sentent bon le karité…je les embrasse ….papa cédric me suit dans le mouvement après les avoir cherchées dans la salle sans s’apercevoir que je m’étais déjà approchée d’elles….
C’est ici que le début de l’histoire à commencé….Rochella vient dans mes bras, non pas sans un certain retrait….et Farah va avec papa…faire la distribution des piroulis (sucettes) à ses camarades de l’orphelinat
Un petit graçon dont je n’oublierai ps le visage s’accroche à moi…en m’appelant maman….il ne veut pas me lâcher….
Très vite après quelques photos, et les adieux aux nounous et autres enfants…nous quittons l'endroit où elles ont vécu pendant plus de 20 mois.
Je me sépare de celui qui pleure à grosses larmes son désespoir de ne pas quitter encore cet orphelinat…un dernier regard vers lui…c’est terrible cette situation….laisser ce petit être là bas !
Je sers très fort ma petite Rochella …j’ai trop peur qu’on me la prenne…et ne veux pas la lâcher….papa a la même réaction avec Farah…
Elles sont tellement belles et si fragiles à la fois….elles tiennent à peine debout…ont du mal à marcher…
L’arrivée au domicile de la directrice commence cette nouvelle vie…à 4 !
Enfin nous en avions tellement rêvé !

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Céline, dont les images et les sentiments de cette journée resteront à jamais gravés dans mon coeur et ma tête

Par temoignageadoption
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